Partager l'article ! Qui était Léon Daudet?: Léon Daudet, né le 16 novembre 1867 à Pari ...
L'ignorance engendre l'indifférence et même l'ennui. Si l'on ne sait rien, comment s'intéresser ?Jean de Viguerie.
Léon Daudet, né le 16 novembre 1867 à Paris, était le fils d'Alphonse, grand écrivain, dont le salon était un des centres de la littérature et des arts. Gustave Flaubert, Maurice Barrés, Emile
Zola, Edouard Drumont, Guy de Maupassant, Ernest Renan, Gambetta entourent son père qui avait, dira Léon Daudet « non seulement le goût, mais la passion des
échantillons humains, depuis le vagabond de la route jusqu'au plus raffiné des artistes ». Un milieu républicain, radical, anticlérical, avec la haute référence de Victor Hugo dont Léon
Daudet devait épouser en 1891 la petite-fille, Jeanne, que Hugo a célébré dans L'art d'être grand-père. Un mariage civil, car Hugo avait défendu à sa descendance le mariage religieux. Il entame
des études de médecine qu'il mènera jusqu'au bout, thèse exceptée. Son échec à l'internat l'amène à écrire en 1894 un étonnant pamphlet rabelaisien, réaction spiritualiste contre le matérialisme
qui règne dans la profession ; un livre cruel pour les pontes de la médecine, qui exigent des sommets de flagornerie de leurs élèves si ceux-ci veulent avoir la moindre chance de réussir. D'où la
scène burlesque et peu ragoûtante du lèchement des pieds que décrit Daudet : « .. les pieds que je devais lécher, nullement comparables à ceux d'un nègre, malgré
leur épaisse couche de vernis, cirés plus qu'une botte, car cette crasse formait un relief, et dans les interstices brillait une chapelure verdâtre. La néfaste coloration cessait aux ongles,
nougats craquelés, mi-bruns, mi-jaunes ». J'épargnerai au lecteur la suite… C'est le pamphlet le plus rabelaisien depuis Rabelais et, s'il fallait évoquer la peinture, nous sommes dans
l'œuvre de Jérôme Bosch et de Breughel.
Quelques temps après sa séparation d'avec Jeanne Hugo (il poursuivra dès lors Hugo de sa vindicte), il se remarie religieusement. Il est désormais catholique et antisémite, et croit avoir trouvé
en Drumont son chef de file. Accompagné de Barrés, il assiste, pour le compte du Figaro, à la dégradation du capitaine Dreyfus. L'article qu'il rédige
fait forte impression : « Il n'a plus d'âge, il n'a plus de nom. Il est couleur traître. Sa face est terreuse, aplatie et basse, étrangère à coup sûr, épave de
ghetto ». Un polémiste a besoin d'ennemis. Drumont lui désigne les habiroux, Barrès les ennemis de la Patrie et de l'Armée, Maurras, la République. Sous l'influence de ce dernier, il
évolue vers le nationalisme intégral, autrement dit la monarchie. Le quotidien L'Action Française, dont Daudet sera un des trois piliers, Maurras et
Bainville, les deux autres, vient de naître. Nous sommes en 1908, et Daudet en restera l'éditorialiste jusqu'en 1941. Pierre Dominique, dans son livre Les
polémistes français depuis 1789, analyse ainsi le talent d'un des plus grands polémistes du siècle : « Daudet excellait à saisir le point faible d'un
adversaire, son ridicule physique et, dès lors, l'homme devenait entre ses mains un pantin grimaçant qu'il désarticulait chaque jour pour son plaisir et celui de ses amis ».
Parmi ses têtes de turc figure Aristide Briand, partisan de la recherche d'une paix européenne. Daudet ne fait pas dans la nuance : « Le type représentatif de
cette période politique est le souteneur Aristide Briand, issu d'une sentine de Saint-Nazaire, élevé dans le bouge paternel, sur les genoux des filles publiques, […] grand maître de l'Université
[…], bien que sachant à peine lire et ne sachant pas du tout écrire ». Il montre Briand marchant « de son allure rapide de vipère qui se fraye un chemin dans la vase ». Clemenceau : «
Une tête de mort sculptée dans un calcul biliaire ». Du président Fallières, il disait avec gentillesse : « Sa place est
au marché, c'est certain. Il est fait pour être tâté, soupesé, puis attachée une longe, conduit à l'abattoir, hélas, débité, vendu, bouilli et mangé ». D'Anatole France, « C'est un Socrate extrêmement timide, à qui la seule vue de la ciguë donnerait immédiatement la colique ». Bergson est un « petit rat
hébreu », Zola, « le bol fécal ». Emile Combe : une « petite tête de perroquet malade » et il dépeint
ainsi Léon Blum : « Sorte de lévrier hébreu, minaudant et hautain, à la parole facile et pédante ».
De 1919 à 1924, Daudet est député et principal porte-parole des nationalistes. Il estimera plus tard avoir perdu là quatre ans et demi de sa vie. Un drame devait profondément l'affecter en 1923.
Son fils Philippe, âgé de quatorze ans, fait une fugue, tente de s'embarquer pour le Canada, prend contact avec les milieux anarchistes et se suicide dans un taxi quelques jours plus tard,
laissant une lettre à sa mère annonçant son intention de mettre fin à ses jours. Daudet refusera toujours d'admettre la thèse du suicide, soutenant que son fils a été assassiné par la police
politique du Régime républicain. En 1927, ayant épuisé tous les recours, il se retranche dans les locaux de l'Action Française et soutient un siège de quelques jours. Incarcéré à la Santé, il est
libéré deux mois plus tard par les Camelots du Roi. Ces derniers, détournant les communications téléphoniques de la prison, et imitant la voix du chef de cabinet du ministre de l'Intérieur, font
croire au directeur de la prison que le gouvernement lui ordonnait de libérer discrètement Léon Daudet et, pour faire bonne mesure, le député communiste Pierre Sémard. Suivent deux ans d'exil à
Bruxelles où les pamphlets succèdent aux essais, et les romans aux livres de souvenirs. De retour à Paris après avoir été gracié, il reprend sa place au journal et participe activement aux
combats politiques, exprimant son soutien au fascisme mussolinien. L'occupation allemande désolera ce patriote viscéralement antigermanique, qui a, depuis les années 1920, beaucoup tempéré son
antisémitisme.
Ce polémiste-agitateur, qui fut aussi un remarquable orateur anticonformiste, avait fait obtenir en 1919 le Prix Goncourt à Marcel Proust, de mère juive et dreyfusard, et il tenta de le faire
attribuer à Louis-Ferdinand Céline pour Le Voyage au bout de la nuit, ouvrage alors honni par les patriotes. Il écrivit un article élogieux sur André
Gide, louera Picasso, et aimera Marcel Schwob, pourtant habiroux. Peut-être convient-il de le classer davantage parmi les « anarchistes de droite » que parmi les réactionnaires… Il s'en va, sans
doute dans un tonitruant éclat de rire, le 30 juin 1942.
R.S. Rivarol du 11 février 2011
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