Présentation de l'éditeur
Le 24 août 410, les Wisigoths emmenés par Alaric entrèrent dans Rome et la mirent à sac. Mille six cents ans plus tard, des tour-opérateurs britanniques proposent à leurs clients de refaire le trajet d'Alaric ! Ainsi va la vie de la Ville, l'Urbs qui osa se proclamer éternelle et à laquelle on revient toujours. Cette anecdote et des dizaines d'autres font le charme du Roman de la Rome insolite de Jacques de Saint Victor, écrivain, critique au Figaro littéraire et amoureux de Rome, "notre vieille mamma à tous".
"Faut-il donc toujours écrire sur Rome ?" se demandait l'éminent latiniste Pierre Grimal avant de répondre que la tentation était "irrésistible"(1). Jacques de Saint Victor a voulu montrer autre chose que les splendeurs séculaires de la ville : ses beautés et ses laideurs secrètes. Il nous emmène donc dans une Rome moderne, mystérieuse, un paradis infesté de brigands que le voyageur ignore, accablé qu'il est par les injonctions d'un tourisme culturel épuisant.
Le démon romain
La Rome de Saint Victor, c'est celle du cinéma, de Vacances romaines de Wyler à Caro Diario de Moretti, sans oublier les illustres de la comédie à l'italienne, ni Pasolini, ni le maître Fellini. Cap donc sur des quartiers peu visités (la Garbatela) ou la Via Veneto, où le premier paparazzo , Tazio Secchiaroli, fut, en 1958, roué de coups par le roi Farouk. Si le Trastevere n'est plus ce qu'il était, il suffit de rôder un peu pour retrouver la Rome de nos rêves enchantés. Loin des délices de l'île Tibérine, il est d'autres Rome que Saint Victor dévoile : celle des folies fascistes, des massacres, des "couvents pas très catholiques", des spéculations immobilières, celle des années de plomb, de l'assassinat d'Aldo Moro, celle de la bande de la Magliana immortalisée par Romanzo criminale, celle de la Mafia. On y croise aussi des tifosi qui vouent un culte quasi païen au calcio(le football). Vieille histoire, puisque déjà Pline le Jeune (61-114 ) s'étonnait qu'on puisse s'étriper pour une tunique.
De la grotte de Romulus aux palais de l'aristocratie "noire" (fidèle au pape), il s'agit pour l'auteur de cerner ce que Du Bellay nommait "le démon romain", cet esprit propre aux lieux où tout a toujours déjà existé. Sa conclusion ? Même si la mamma au fil des millénaires s'est couverte de cicatrices et de pustules, son sourire demeure, un rien cynique, follement attachant. Et c'est bien là l'essentiel.

