La stratégie référendaire
Les raisons de la conversion populiste de Nicolas Sarkozy
Raoul Fougax
le 18/02/2012
Il fallait une idée forte pour la campagne du Président sortant. L’annonce de sa candidature, au journal de Mme Ferrari, était une mauvaise idée, confirmant la banalité d’un non événement.
Certains pensent avoir trouvé mieux: la promesse de rendre la parole au peuple, par l'utilisation du referendum.
L’analyse de ses conseillers n’est pas fausse. Toute réforme de la Droite, élue légalement, est rendue impossible par l’opposition systématique de deux
pouvoirs, qui restent à la Gauche: le pouvoir médiatique et le pouvoir syndical."tout est dit,dans cette phrase!".
Pour un droit à la formation : un résultat à la soviet !
Hors, s'il est vrai que les journalistes ne représentent pas l’opinion publique et que les syndicats, tout en mobilisant dans la rue, restent très minoritaires et objectivement peu
représentatifs, le pouvoir de nuisance excessif et l'hostilité aux réformes sont, dans son esprit, élargis aux élites qui veulent imposer leur vue et empêcher le peuple de s’exprimer.
Cette stratégie référendaire est donc astucieuse et l’idée du recours à la démocratie directe, comme en Suisse, plutôt séduisante. Et elle est "clivante". Certains dénoncent une dérive
populiste vers une VIème République; d’autres louent le retour à un fondamental gaulliste.
Mais il y a un hic. Chaque fois que le Président aurait pu demander au peuple son avis, il ne l’a pas fait. Chaque fois qu’il a pensé que le peuple pourrait le désavouer, notamment sur la
Constitution européenne refusée par referendum et réintroduite par les parlementaires, il a fait le contraire. Comme toujours de ce qu’il préconise. C’est une excellente idée, mais que le
Président n’utilisera pas sur tous les sujets. Il consultera le peuple pour débloquer certaines de ses actions.
Un hic, à chaque fois qu'il aurait pu demander son avis...
Cette fois, admettons qu’il soit convaincu et sincère. Il doit le prouver. Il lui faut, alors, élargir le champ d’application du referendum et partager son initiative avec les citoyens. Il doit
y avoir des « votations d’initiative populaire » . Non seulement on doit rendre la parole au peuple mais, surtout, on doit lui donner les moyens de la prendre lui–même. Mais on peut déjà être
assuré que des referendums spontanés sur de grands sujets de société (peine de mort- criminels récidivistes, immigration etc) seront proscrits. Le referendum sera verrouillé.
...au peuple, il ne l'a pas fait !
D’autant plus qu’il faut éviter que chaque question ne se transforme en plébiscite. Sinon, chaque fois le président mettrait sa légitimité en jeu et devrait en cas de réponse négative, se
démettre, comme le fit le général en 1969.
Si elle est sincère, cette stratégie référendaire est très risquée. On peut donc estimer qu’il s agit d’un coup électoral pour se rallier une partie du "vrai peuple" contre les "fausses
élites". Cela peut marcher, en partie ,avec l’objectif de séduire les « abandonnés », tentés par le vote Bayrou-Mélenchon-Le Pen.
Ceux qui ont conseillé cette idée forte au Président ont trouvé, c’est évident, un angle d’attaque nouveau et efficace; si le Président candidat réussit à rendre crédible sa volonté de faire,
demain, comme sur tous les autres sujets, ce qu’il n’a pas fait hier. Sinon, cette belle idée finira dans les poubelles des promesses auxquelles plus personne ne croit. C’est son futur le plus
probable.
Quant à François Hollande disant que "le vrai reférendum sera l’élection présidentielle", il dit une énormité constitutionnelle. Car, en guise de referendum, il veut plutôt transformer
l’élection en plébiscite contre le Président sortant. Or, on ne peut pas vouloir défendre la légalité républicaine et tout mélanger au niveau des légitimités de scrutin. Entre leurre
référendaire et piège plébiscitaire, l’élection présidentielle a bien du mal à trouver ses marques, malgré l’entrée en lice du chef de l’Etat.