Longtemps, Jonathan Safran Foer, 33 ans, écrivain mondialement célébré pour ses romans Tout est illuminé et Extrêmement fort et incroyablement près, n'a pas aimé les animaux et a mangé de la viande. Sans penser à ce que cela signifiait et à la façon dont un animal était réduit à un quantum de calories. Puis il a découvert que cela n'allait pas de soi, sous le coup de deux révélations personnelles : une grand-mère qui, mourant de faim, refusa de manger du porc ; un fils qu'il découvrit, ébahi, se jeter sur le sein maternel... Il s'est alors demandé : quel sens cela a-t-il aujourd'hui de manger des animaux ? Pour en tirer, aujourd'hui, non un pamphlet ou une polémique, mais un essai, au sens de Montaigne.
La nourriture lie entre eux les membres d'une famille et les générations, ce qu'on appelle une culture. Mais la viande ? Plus que toute autre nourriture, un aliment chargé de sens, "un mélange de terreur, de dignité, de gratitude, de vengeance, de joie, d'humiliation, de religion, d'histoire et, bien entendu, d'amour".
Différence symbolique
La réflexion de Foer n'est pas radicale. Il ne considère pas que les animaux aient des droits sur les hommes, mais que l'homme a des devoirs envers eux. Non pas le devoir de ne pas les manger (il reconnaît le poids ancestral qui fait que, dans toutes les cultures, l'homme est un loup pour l'animal), mais de les traiter de façon digne à tous les stades qui précèdent l'ingestion de leur chair : reproduction, élevage, abattage. Il maintient la différence symbolique instaurée par toutes les religions : "Même si nous sommes comme eux, ils ne sont pas nous." Cela nous autorise-t-il à les tuer, à les faire souffrir, puis à les manger ? Depuis des millénaires, l'homme tue pour manger la chair des bêtes et considère qu'elles sont là pour ça. Vivre, c'est tuer, mais ne peut-on vraiment pas faire autrement ?
Ajoutant à l'interrogation d'un penseur du quotidien le style d'un grand écrivain, Foer livre ici le récit des invraisemblables horreurs observées en trois ans d'enquête dans les élevages industriels et les abattoirs. Après avoir lu son réquisitoire, mangeurs de viande, vous n'êtes pas obligés de plaider coupable. Mais, en mangeant du fried chicken au fast-food du coin, vous ne pourrez plus dire que vous ne saviez pas.


