Partager l'article ! Connaissez-vous Eugénio Corti?: Eugenio Corti (né le 21 janvier 1921 à Besana in Brianza, dans la province de Monza et de la Brianza, ...
L'ignorance engendre l'indifférence et même l'ennui. Si l'on ne sait rien, comment s'intéresser ?Jean de Viguerie.
Eugenio Corti (né le 21 janvier 1921 à Besana in Brianza, dans la province de Monza et de la Brianza, Lombardie - ) est un écrivain et essayiste italien d'inspiration catholique du XXe siècle. Après avoir participé à la campagne de Russie lors de la Seconde Guerre mondiale, il rejoint les unités combattantes italiennes pour libérer le pays contre les Allemands. Se basant sur ces expériences, il écrit des récits autobiographiques comme La plupart ne reviendront pas ou Les derniers soldats du roi. Son ouvrage le plus connu reste cependant Le Cheval rouge, un roman de 1000 pages à nouveau basé sur ses expériences et celles de ses compatriotes Italiens pendant et après la Seconde Guerre mondiale. Celui-ci a été élu meilleur livre des années 1980 dans une enquête publique en Italie et a été traduit dans plusieurs langues. Le livre a eu vingt-cinq éditions depuis qu'il a été publié en mai 1983.
Eugenio Corti a fréquenté l'école primaire du village, mais pour cause de la maladie de son père en 1931 est inscrit à l'école San Carlo à Milan, où il étudiera dix ans. En 1940, les études sont interrompues, le 10 juin l'Italie entre en guerre et Eugenio Corti s'enrôle dans l'armée.
En 1941, devenu lieutenant, il demande à être affecté sur le front russe, qu'il rejoint en juin 1942. Etablies devant le Don, les troupes italiennes reçoivent fin décembre, l'ordre de la retraite et celui d'abandonner les positions. Sans moyens et sans suffisamment de nourriture, les bataillons italiens sont décimés. Celui de Corti, composé de plus de 17.000 soldats, laisse plus de 13.000 hommes sur le terrain. Ces vingt-huit jours de retraite sont les jours les plus dramatiques de sa vie qui contribuent à façonner sa vocation d'écrivain. Les évènements de la campagne de Russie seront évoqués notamment dans son vaste roman Le Cheval rouge. De retour à Merano en Italie, il est d'abord soigné puis entre en convalescence. En juillet 1943 refusant de demeurer plus longtemps convalescent, il reprend du service.
Il retourne à la caserne de Bolzano, puis est ensuite transféré à Nettunia, dans la région de Rome. Suite aux événements du 8 septembre 1943 pendant lesquels le roi quitte Rome pour se replier dans le Sud occupé par les alliés, Corti décide de partir à pied vers le sud, en compagnie du lieutenant Antonio Moroni pour éviter d'être fait prisonnier par les allemands et pour rejoindre l'armée régulière. Ces événements, et tous ceux relatifs à la guerre de libération, sont racontés dans le roman Les derniers soldats du roi. Après une période de récupération dans les Pouilles dans les champs, Corti s'engage à nouveau volontairement dans les unités de l'armée régulière italienne pour aider les Alliés à la libération du pays
Ce roman historique évoque l'épopée et la tragédie des Guaranis au XVIIIe siècle, à l'époque des reducciones jésuites en Amérique du Sud. On sait que ces missions jésuites auprès des Indiens guaranis ont duré près de 150 ans, de 1609 à 1768. Les terres des Guaranis s'étendaient sur une surface immense, correspondant, en termes actuels, au nord de l'Uruguay, au sud-est du Paraguay et traversant le Brésil et l'Argentine. Le fonctionnement des " réductions " était tout à fait particulier. Toutes bâties sur le même plan - au centre du village se trouvaient l'église et un collège (l'enseignement pour les garçons et les filles était obligatoire pendant cinq ans), qu'entouraient des écoles d'artisanat et des ateliers - elles étaient gouvernées par un corregidor guarani, l'autorité spirituelle étant exercée par les deux jésuites - au maximum - qui vivaient dans chaque " réduction ". L'élevage et la culture du maté étaient les grandes ressources de ces communautés, où les Guaranis, qui s'étaient volontairement mis sous la souveraineté du Roi d'Espagne, vivaient libres, dispensés du servage. La Terre des Guaranis nous fait revivre, à partir de 1740, la vie d'une de ces " réductions ", à l'époque de leur apogée puis de leur déclin. Les razzias des bandeirantes, esclavagistes portugais du Brésil, constituent une menace permanente. Les appétits des grandes puissances sont manifestes. Le traité signé en 1750 entre le marquis de Pombal et Ferdinand VI, au terme duquel l'Espagne cède au Portugal une grande partie du territoire des Missions, sonne le glas des " réductions ". La suppression de la Compagnie de Jésus aggrave la situation des Guaranis. Ils ne pourront résister longtemps aux armées espagnole et portugaise qui imposent l'application du traité. Mais l'idéal des " réductions " n'est pas pour autant effacé des terres ni des cœurs des Guaranis, qui semblent pourtant condamnés à retourner à l'état nomade. Eugenio Corti a peint ici une superbe fresque historique sur trois générations, nous faisant suivre les vicissitudes d'une communauté qui ne plie pas devant la violence de l'Histoire, et a créé des personnages inoubliables. La peinture de la vie quotidienne de la " réduction " et des éternelles passions des hommes, alternent avec d'admirables descriptions de scènes de batailles, de la forêt, de voyage vers les grandes villes, où parviennent, tamisés, les échos des événements qui sont en train de bouleverser l'Europe. Dans ce roman, l'auteur du Cheval rouge use d'une technique narrative inédite, d'une grande efficacité, qui situe le lecteur à la fois au cœur des événements et de la création littéraire, le plongeant dans une atmosphère captivante qui constitue sa signature.
1941 : les forces de l'Axe lancent des centaines de divisions dans la gigantesque campagne de Russie. Mobilisé par l'armée italienne en 1942, Eugenio Corti prend part, comme jeune officier d'artillerie, à l'épopée du Front de l'Est. Brisée aux portes de Stalingrad, l'avancée foudroyante des envahisseurs va se transformer en une épouvantable débâcle. Encerclées dans une poche aux côtés de la 298e division allemande, plusieurs divisions italiennes, désemparées, vont être anéanties par un ennemi féroce et un froid polaire. Seule une poignée des quelque 30 000 compagnons du jeune écrivain retrouveront leur patrie, l'Italie. La plupart ne reviendront pas, paru en 1947, bouleversa les Italiens. De ce fourvoiement honteux que l'on s'efforçait d'oublier - l'alliance avec l'Allemagne -, la campagne de Russie était l'épisode le plus douloureux. Une génération entière avait été engloutie dans cette guerre qui n'était pas la sienne, absorbée à jamais par l'immensité russe et les camps. L'un des rares survivants de cet enfer en avait rapporté un récit minutieux, insoutenable de précision, et pourtant porté par une inextinguible espérance
Depuis sa publication discrète, en 1983, chez Ares, un petit éditeur milanais, Le Cheval rouge est devenu en Italie un véritable phénomène littéraire. Car dès sa parution, et au fil des
rééditions qui se sont succédé sans discontinuer, Le Cheval rouge, bien qu'ignoré en raison de son anticonformisme idéologique par la «critique officielle», a captivé un très large public. Dans
une enquête publiée en 1986 sur le plus beau roman italien des dix dernières années, Eugenio Corti et Le Cheval rouge distançaient Sciascia, Morselli, Moravia... Son succès a rapidement dépassé
les frontières : il a déjà été traduit en espagnol et en lituanien ; la traduction anglaise va paraître en Amérique ; les traductions japonaise et roumaine devraient être prochainement publiées.
Une adaptation à la télévision, en douze émissions, est actuellement à l'étude.
Comme peu de livres de notre temps, Le Cheval rouge a su créer, entre son auteur et ses lecteurs, un formidable courant de sympathie. Cela tient d'abord au caractère de témoignage que revêt ce
roman : non seulement les personnages historiques qui le traversent, mais tous les événements historiques relatés - de la campagne de Russie aux manifestations de la barbarie nazie, de la
découverte du goulag communiste aux épisodes de la Résistance en Italie du Nord, à la vie politique des années cinquante et soixante - sont absolument et rigoureusement vrais. Ce monde
fourmillant de personnages, de drames, de grandioses scènes collectives baigne dans la complexe luminosité de la vérité. Ce qui explique la multiplication des points de vue, l'absence de
catégories et de clivages définitifs entre personnages «positifs» et «négatifs», mais aussi la lumière crue, nullement convenue, qui éclaire des pages d'histoire trop souvent faussées par bien
des demi-vérités. Cette force de la vérité est la charpente qui soutient Le Cheval rouge. Mais Eugenio Corti a écrit aussi un très grand roman. Son souffle épique, la variété des registres
stylistiques, la vérité et la puissance des passions emportent le lecteur dès les premières pages.
Grand roman historique dans un pays où l'arbre romanesque a donné peu de fruits durables, Le Cheval rouge est fait pour résister à l'usure du temps. L'ampleur et la profondeur des sujets abordés,
la saisissante vérité des personnages et des situations font de ce roman un point de repère fondamental dans la littérature italienne du XXe siècle.
Le Cheval rouge, composé durant les années soixante-dix, est le fruit d'un travail immense. Pour l'écrire, l'auteur a dû ordonner ses souvenirs, en vérifier l'exactitude et rassembler la
documentation la plus fiable sur l'histoire si commentée et pourtant si mal connue de ce
siècle.
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