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Carnages. Des millions de morts dont le décompte pourrait avoisiner celui des victimes de toutes les guerres depuis 1945. Qui en parle ? Qui s’intéresse à ces « carnages incompréhensibles » ?
Rwanda, Kivu, Sud-Soudan, Somalie, Darfour… Invoquer la folie des hommes ne fournit aucune clé d’interprétation ; et l’on ne peut pas se contenter de regarder l’Afrique sous le seul angle des
Droits de l’homme ou de la Françafrique.
Étonnamment, ces conflits majeurs n’ont jamais été appréhendés dans leur globalité. Qui ont été les soutiens, voire les promoteurs de toutes ces guerres ? Quels intérêts ont-elles servis ? À
contre-courant de tout ce qui s’écrit sur l’Afrique, Pierre Péan expose les logiques stratégiques qui visent à remodeler l’Afrique, et dont les « dégâts collatéraux » ont été d’une ampleur
inédite et tragique.
Il nous révèle ainsi les dessous du Grand Jeu africain des puissances occidentales et les affrontements feutrés entre elles. Après la chute du mur de Berlin, les États-Unis, aidés notamment de
la Grande-Bretagne et d’Israël, ont décidé d’étendre leurs aires d’influence sur le continent africain, en réduisant notamment le pré carré français. L’instauration du nouvel ordre mondial y a
été d’autant plus profonde que l’Afrique est devenue un des principaux terrains du « choc des civilisations » qui a installé, avant le 11-Septembre, l’Est africain dans l’espace conflictuel du
Proche-Orient. Les regards braqués sur le Grand Moyen-Orient n’ont pas vu que le Soudan était devenu pour Israël et pour les États-Unis un pays potentiellement aussi dangereux que l’Iran : il
fallait donc « contenir » et diviser le plus grand pays d’Afrique.
Les États-Unis, le Royaume-Uni, Israël, la France, le Canada, la Belgique et plus récemment la Chine ont été les belligérants fantômes de ce conflit. Il est temps que l’on tire au clair les
responsabilités des uns et des autres.
EXTRAITS :
Une version tronquée de l'histoire des Grands Lacs
Plus de 8 millions de morts ? Qui en parle ? Depuis la fin de la guerre froide, la région des Grands Lacs est devenue celle de la mort et du malheur dans une
indifférence quasi générale. Avec 2 millions de Rwandais exterminés en 1994 à l'intérieur du Rwanda (1), plus de 6 millions de morts rwandais et congolais dans l'ex-Zaïre, des centaines de
milliers de Soudanais tués, de nombreuses victimes ougandaises, plus de un demi-million de morts angolais, des millions de déplacés, quatre chefs d'Etat et des centaines de ministres et
autres dirigeants assassinés, des dizaines de milliers de femmes violées, des pillages éhontés, cette zone a le triste privilège d'avoir subi plus de dommages que ceux additionnés de toutes
les guerres intervenues de par le monde depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Pourtant, les médias, dans leur très grande majorité, n'ont parlé, ne parlent et ne pleurent que les
centaines de milliers de victimes tutsies du Rwanda, dénoncent les Hutus comme seuls responsables directs de ces boucheries, et les Français, qui les auraient aidés dans leur horrible
besogne, faisant de François Mitterrand et d'Edouard Balladur des réincarnations d'Hitler, et des soldats français, celles de Waffen SS. Une version officielle, affichée non seulement par
Paul Kagamé, l'actuel président du Rwanda, mais également par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), le bras justicier de la communauté internationale, et par les Etats-Unis,
le Royaume-Uni et la majorité des autres pays...
Les gardiens de la vérité officielle
Convaincu par mes enquêtes que Paul Kagamé, l'actuel chef d'Etat du Rwanda, avait commandité l'attentat contre l'avion qui transportait son prédécesseur -
attentat qui déclencha en avril 1994 le génocide des Tutsis et des massacres de Hutus -, quand il était attribué aux extrémistes hutus, je décidai en 2004 de chercher à comprendre ce qui
s'était réellement passé. Je découvris rapidement l'incroyable désinformation qui avait accompagné la conquête du pouvoir par Paul Kagamé, et les moyens mis en oeuvre pour décourager ceux qui
seraient tentés de s'opposer à la doxa. Des moyens qui ressemblent fort à des armes de destruction massive : grâce à une analogie abusive entre le génocide des Tutsis et la Shoah, les gardiens
de la vérité officielle traitent les contrevenants de négationnistes, de révisionnistes, de racistes, voire d'antisémites.
[...] J'ai décidé de reprendre mon enquête et de l'étendre en l'insérant dans l'histoire de la région des Grands Lacs et de l'Afrique centrale, pour comprendre
comment et pourquoi avait pu ainsi s'installer une version tronquée de l'histoire de la tragédie rwandaise. [...] J'ai travaillé à mettre au jour les actions - ouvertes et clandestines - des
Etats-Unis, depuis les années 80, dans la région des Grands Lacs, visant à un nouveau partage des zones d'influence sur le continent africain, et le " scandale géologique " que constitue le
fabuleux sous-sol du Zaïre, redevenu aujourd'hui Congo et convoité par tous. [...]
Contre-offensive impossible
Officiellement, à partir d'octobre 1996, le Zaïrois Laurent-Désiré Kabila a mené une guerre de libération en vue de chasser le président corrompu Mobutu Sese
Seko. La réalité fut bien différente : Laurent-Désiré Kabila n'était alors qu'une marionnette de Kigali, de Kampala et de Washington. Une nouvelle boucherie, après celle du Rwanda, visant cette
fois à exterminer les seuls Hutus ayant fui le Rwanda, déclarés " extrémistes " par la propagande, se déroula dans un silence assourdissant des principaux médias. Les services secrets français
étaient parfaitement au courant que des forces spéciales américaines, les services secrets et des avions américains renseignaient les soldats rwandais et ougandais dans leur chasse aux Hutus
dans l'immense Est congolais. L'exécutif français s'interrogea alors sur l'opportunité d'arrêter la marche de Kabila et de ses " parrains " sur Kinshasa. La désinformation efficace sur le rôle
de la France en Afrique en général et au Rwanda en particulier rendait désormais impossible toute contre-offensive, qui aurait mis face à face Français et Américains. Jacques Chirac décida in
fine de ne pas envoyer de forces spéciales françaises à Kisangani début 1997.
(1) Chiffre fourni par le ministère de l'Intérieur rwandais en décembre 1994.
QUAND L'ARMÉE AMÉRICAINE PARTICIPE À LA TRAQUE DES HUTUS AU CONGO...
Washington porte une lourde responsabilité dans ce qu'un prérapport de l'ONU rendu public en août 2010 décrit comme un probable génocide commis en République
démocratique du Congo en 1996 et 1997. Pourquoi tant de diplomates, tant de militaires et d'agents secrets américains ont-ils été mobilisés pour parler d'une situation que les journalistes ne
pouvaient directement appréhender ? Parce que la grande puissance américaine, celle qui, avec ses satellites, ses écoutes, ses hélicoptères et ses avions, aidait ceux qu'on nommait " rebelles
", mais qui, en réalité, étaient en très grande majorité des Rwandais ou des Ougandais, à localiser les prétendus " génocidaires " pour les liquider. Comment ne pas être révolté par la
passivité, voire par la bienveillante sollicitude du Haut-Commissariat aux réfugiés ? Comment accepter la propagande officielle de l'époque, qui voulait que les Hutus n'eussent que ce qu'ils
méritaient et que les Tutsis exerçassent là un légitime droit de revanche ? Alors que, justement, la version officielle de l'histoire, reçue et acceptée par la communauté internationale, est
fausse ?
[...] Les services secrets français - Direction du renseignement militaire (DRM) et Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) - sont très avertis de ce
qui se passe aux frontières du Kivu, fin octobre-début novembre 1996. Le camp de Kibumba dans la région de Goma est bombardé : quelque 200 000 réfugiés partent vers le camp de Mugunga. Le camp
de Katale est attaqué à l'arme lourde, et Bukavu, la capitale du Sud-Kivu, est pris par les " rebelles ". Les camps des alentours sont détruits, provoquant la fuite de 250 000 personnes à
travers la forêt équatoriale vers Kisangani... Militaires et services ne se contentent pas des images satellite fournies par les Américains, sur lesquelles on ne voit pas de réfugiés ; elles ne
donnent à rien voir qui corresponde aux informations qui leur remontent du terrain, par de nombreuses sources humaines. Début novembre 1996, un Breguet Atlantic localise des cohortes de
réfugiés et rapporte des photos qui montrent deux hélicoptères américains, des Black Hawks.
Poker menteur entre Paris et Washington
Les espions français s'interrogent sur le rôle des bérets verts, les commandos des US Army Special Forces, lors des massacres qui ont suivi la prise de Bukavu,
fin octobre 1996. Ils se demandent aussi quelle est l'origine des mitraillages aériens opérés de nuit contre les camps de réfugiés : " Cela pose de graves questions quand on sait que parmi les
avions américains déployés figurait au moins un C-130 Gunship des forces spéciales, véritable canonnière volante. Que faisait-il là si, comme le disait alors le commandement américain, il
s'agissait seulement de rechercher des réfugiés pour étudier ensuite les moyens de leur porter assistance ? "
Malgré ce questionnement sur le rôle ambigu de Washington, pas plus l'état-major que les politiques français n'envisagent une quelconque action sans les
Américains ou, à plus forte raison, contre eux. Mais la " forte dégradation de la situation humanitaire " entraîne les uns et les autres à envisager dans les plus brefs délais une opération
militaire multinationale dans le Kivu, tout au moins à en émettre l'idée. Le Centre opérationnel interarmées (COIA) est chargé par l'état-major d'en définir les contours possibles. Le 5
novembre, une note signée de Jean-Pierre Kelche, major général de l'état-major, arrive sur le bureau du ministre de la Défense, Charles Millon : " L'effet majeur d'une opération militaire au
Kivu visera à stabiliser les réfugiés dans une zone dégagée de forces constituées. " Les rédacteurs estiment indispensable la participation de pays européens (France, Espagne, Belgique,
Allemagne et Grande-Bretagne), mais soulignent qu'un " commandement centralisé (préconisé) devrait être proposé aux Américains dont la présence au sol garantirait la neutralité rwandaise ". "
L'action militaire sera limitée à une sécurisation de zones, au profit des organisations humanitaires. " Le général Kelche envisage un déploiement de 1 500 à 2 000 hommes.
Le lendemain, lors d'un conseil restreint de défense, Jacques Chirac accepte les propositions du COIA, et insiste sur l'implication américaine, c'est-à-dire que "
la France interviendra si les Américains interviennent avec du personnel au sol ". Et, quant à la nationalité française ou américaine du commandement de l'opération, le président n'a pas de
préférence. Après le fiasco politico-médiatique, deux ans plus tôt, de l'opération " Turquoise ", il n'est pas question pour la France de se lancer seule dans une telle opération...
Immédiatement après ce conseil restreint, diplomates et militaires prennent langue avec les Américains. [...] Les Français s'aperçoivent vite que les Américains, malgré quelques bonnes paroles,
jouent déjà une autre partition. Si le général George A. Joulwan promet de mettre à disposition des C5 Galaxy pour projeter, si nécessaire, matériels et hommes vers le Kivu, les interlocuteurs
des Français refusent d'engager leurs troupes sur le terrain. Paris et Washington ont déjà commencé une partie de poker menteur. Alors que, sur le terrain, les acteurs rwandais, ougandais et
américains ont parfaitement conscience de mener un combat indirect contre Paris, les contacts entre diplomates et militaires à Washington, Paris ou Stuttgart se déroulent entre gens de bonne
compagnie.
[...] Le Monde du 8 novembre 1996 résume ainsi la situation : " La France a du mal à convaincre l'ONU de l'urgence d'une intervention au Zaïre. " Elle a du mal
parce que Washington et ses alliés africains ne veulent pas que la France revienne dans la région et contrarie leurs plans, mais Paris veut croire qu'il a encore la main. Pour ne pas s'opposer
frontalement à la France, Washington monte alors une opération astucieuse destinée à enterrer le projet sans pour autant se mettre à dos l'opinion publique : elle consiste à demander au Canada
de constituer cette force, d'en réunir les éléments et d'en déterminer les règles... Commence alors une grande agitation qui n'est qu'un leurre. Politiques et militaires français n'ont pas
compris tout de suite que l'opération lancée par le Premier ministre canadien Jean Chrétien à la demande des Américains ne vise qu'à enterrer le projet de Chirac et à laisser les mains libres
aux Américains, ainsi qu'à leurs marionnettes rwandaises et ougandaises dans la région des Grands Lacs. Pendant quelques jours, l'état-major croit à l'acceptation d'un déploiement d'une force
franco-britannique sous commandement canadien dans la région sud du Kivu. A preuve, une mission de reconnaissance effectuée par des militaires britanniques, sous le commandement du brigadier
général Thomson (Royal Marines), avec trois officiers français, dirigés par le colonel Philippe Tracqui, qui est le numéro 2 du Centre opérationnel de l'armée de terre (Coat). Dès le début,
Tracqui et ses deux compagnons ont compris que quelque chose ne collait pas. [...] Le rapport de Tracqui, daté du 21 novembre, lève les dernières interrogations sur la place désormais accordée
à la France dans les Grands Lacs et sur les manoeuvres américaines. " Les Américains sont tout à fait opposés à une action militaire au Sud-Kivu ", écrit Tracqui. [...]
Thomson a donné à Tracqui un mémorandum du général Smith, rédigé le 16 novembre à Entebbe, qui dévoile la position américaine. " Depuis vingt-quatre heures, la
situation s'est arrangée, tout va bien à Goma, et la nature des besoins humanitaires s'en trouve changée. Bien qu'il ne soit pas encore possible d'apprécier exactement le nombre total des
réfugiés qui vont rentrer ou ceux qui auraient l'intention de le faire dans les prochains jours, il est clair qu'il n'existe plus en ce moment de crise humanitaire justifiant une action
militaire d'urgence ", écrit le général américain qui ne réclame donc aucun moyen supplémentaire. [...] Le soir de ce 16 novembre 1996, à Entebbe, le général américain Smith dirige une réunion
de planification à laquelle participe le lieutenant-colonel Pouly, de la Direction du renseignement militaire française. Pouly [...] sait que la situation décrite par l'Américain est fausse. Il
ose prendre la parole après le général américain et lui fait remarquer que son appréciation de la situation ne fait aucun cas des 700 000 réfugiés et 300 000 déplacés du Sud-Kivu.
Le numéro 2 du Coat rapporte toutes les informations fournies par Pouly, le meilleur spécialiste militaire français de la région des Grands Lacs. Pouly est
convaincu que " les Américains présents dans la région des Grands Lacs, qu'il s'agisse des diplomates de Kigali ou des militaires isolés à Entebbe, ne souhaitent aucune présence dans la région
". Il a noté " l'existence à Kigali d'une importante mission militaire de coopération américaine qui a compté jusqu'à 50 personnels. Elle s'occupe de la formation militaire de l'APR [l'Armée
patriotique rwandaise], fait de l'instruction de déminage, de la formation à l'action psychologique avec des spécialistes appartenant au 4e bataillon de Fort Bragg, notamment pour ce qui
concerne les opérations de propagande liée à l'organisation des retours ". L'espion français a appris que " les équipes psyops américaines, chargées des opérations psychologiques, c'est-à-dire
d'influencer l'opinion, sont en place et opèrent à partir de Kigali, depuis trois mois ".
L'initiative de la France pour venir en aide aux réfugiés rwandais a été brisée dans l'oeuf, au grand soulagement des Etats-Unis, du Rwanda et de l'Ouganda.
Décrédibilisée par l'action de tous les psyops rwandais et américains relayés par les porte-voix occidentaux du Front patriotique rwandais, le parti du président Kagamé, et par la plupart des
médias, y compris par de nombreuses bonnes âmes françaises, la France n'a rien pu faire pour stopper les massacres de masse organisés de Hutus. Les massacres vont donc pouvoir se poursuivre,
après l'enterrement sans fleurs ni couronnes de la force multinationale.
Quelques notes subtilisées aux services secrets ougandais et rwandais montrent même un engagement américain et britannique beaucoup plus accentué. Les moyens qui
ont été mis en oeuvre sont énormes. Un réseau ultramoderne de satellites espions (intelligence communication network), couvrant la zone de Kigali à Brazzaville pour recueillir, contrôler et
neutraliser toutes les informations en langues française et locales, a bien été déployé pour le compte des Américains, des Britanniques et des Ougandais.
Pas d'objection à l'" anéantissement "
Selon les documents ougandais et rwandais, des avions américains seront spécialement affectés à la traque des Hutus qui se cachent dans les forêts (Report 678 ref
567/JL/RW/UG) : " Il a été conclu que les forces aériennes américaines enverront 3 P-3 Orion Propeller Planes à Entebbe. Ils opéreront pendant la journée d'Entebbe au Zaïre, à la recherche des
Hutus qui se cachent dans les forêts. Les avions seront équipés de trois équipements [il s'agit en réalité de trois spécialistes chargés de contrôler une cinquantaine d'ordinateurs] destinés à
traquer les mouvements des gens sur le terrain. " Concoctés par Paul Kagamé, les plans d'attaque et de démantèlement des camps de réfugiés hutus dans l'ex-Zaïre sont présentés aux Américains
pour approbation, comme le montre une note (Plan 67 ref 67/JL/RW/ZR) : " Les plans visant à attaquer les Hutus dans l'est du Zaïre ont été finalisés. Octobre et novembre 1996 sont les meilleurs
mois pour l'opération. L'ONU sera engagée dans le processus de fournir les prochaines livraisons de vivres et nous saboterons ce processus. " Une réunion entre services ougandais et rwandais
(Crisis 80/L ref 78/RW. Doc) définit le modus operandi d'une action dans laquelle 30 soldats rwandais vont monter une attaque déguisés en miliciens hutus : " Il y a besoin de liquider les Hutus
Interahamwe [miliciens impliqués dans le génocide de 1994] dans l'est du Zaïre. Nous avons pénétré les camps de réfugiés de Katale et Kahindo. Nous allons aider le Rwanda à exécuter l'opération
afin de forcer l'ONU à fermer les deux camps. Opération : 30 soldats de l'APR vont déclencher une attaque contre les autochtones zaïrois en se faisant passer pour Interahamwe. On procédera à la
destruction de leurs propriétés. Une attaque similaire avec armes à feu sera mise en oeuvre aux heures de nuit au Rwanda. Le gouvernement du Rwanda devra alors se plaindre auprès de l'ONU. Si
l'ONU est lente à réagir, une opération sans annonce préalable se perpétrera alors et anéantira toutes les milices hutues se trouvant dans ces camps. L'opération d'anéantissement est approuvée
sans aucune objection. "
Les dates d'un conflit
1994, premier génocide.
Le 6 avril, l'assassinat du président du Rwanda, Juvénal Habyarimana, met le feu aux poudres. Déclenchement du génocide contre la minorité tutsie et les Hutus
modérés (800 000 morts). Venu de l'Ouganda, le Front patriotique rwandais (FPR) de Paul Kagamé (Tutsi) conquiert le pays et le pouvoir. Devant l'échec de la communauté internationale, la
France déclenche l'opération " Turquoise ". Des centaines de milliers de Hutus - dont certains responsables du génocide - fuient le pays vers le Zaïre, où ils s'entassent dans des
camps.
1996-1997, second génocide.
La guerre se déplace dans l'est du Zaïre. Avec le soutien du Rwanda et de l'Ouganda, des Zaïrois menés par Laurent-Désiré Kabila renversent le président Mobutu.
Le Zaïre devient la République démocratique du Congo (RDC). Des massacres de grande ampleur - le second génocide aujourd'hui évoqué - sont commis à l'encontre des réfugiés hutus. Les
Américains empêchent, à deux reprises, une intervention française pour y mettre fin. La guerre va se poursuivre en RDC jusqu'en 2002. Elle aurait fait plusieurs millions de morts.
Pierre Péan est écrivain et enquêteur. On lui doit notamment Une jeunesse française : François Mitterrand (Fayard, 1994), La
Face cachée du Monde (avec Philippe Cohen, Mille et une nuits, 2003) ; Noires fureurs, blancs menteurs (Mille et une nuits, 2005), Le Monde selon K (Fayard, 2009).
LIBRAIRIE DE NEUILLY-PLAISANCE
15,AVENUE FOCH
" Ce n'est pas de la littérature, tenait-il à préciser, c'est peut-être mieux que ça... Certains livres sont assez forts pour se passer des secours du style. "
Sur le Blog d'Anne Brassié :
Du réalisateur australien, Peter Weir , auteur de Master et commander, un grand film tiré du récit de l’évasion d’officiers polonais en 1941 d’un goulag soviétique en pleine Sibérie. Ce récit s’appelle A marche forcée. Ils descendront plein Sud jusqu’en Inde pour trouver la liberté. Le récit publié en 56 fut contesté. Il fallait discréditer celui qui, le premier, montrait la réalité du goulag. Le film manque un peu de réalisme mais il montre bien l’exploit formidable de ces hommes, la force de celui qui commande l’expédition et les règles de survie dans la nature. Le grand écrivain voyageur, Sylvain Tesson, a mis ses pas dans ceux de Rawicz ,a refait ce long périple et écrit un très beau livre L’Axe du loup (Laffont). Film à voir et livre à lire !