Histoire

Samedi 12 février 2011 6 12 /02 /Fév /2011 14:37

Bernard Lugan : réflexions sur la crise égyptienne

Publié par Bernard Lugan le 6 février 2011
Bernard Lugan : réflexions sur la crise égyptienne 
Après la Tunisie, l’Égypte s’est donc embrasée [2]. Oubliant le « je ne blâme ni ne loue, je raconte », cette règle d’or de leur profession, les journalistes se sont une nouvelle fois faits les porte-voix des manifestants. Se pâmant littéralement devant leurs actions, ils n’eurent pas assez de superlatifs pour décrire le « Peuple » égyptien unanimement dressé contre le « dictateur » Moubarak.Tout a basculé dans leur petit univers borné de certitudes et d’approximations quand des partisans de ce dernier sont à leur tour descendus dans la rue ; et en masse. Il y avait donc deux peuples !!! Cette constatation avait de quoi perturber des esprits formatés. Durant un temps l’explication leur fut facile : les contre-manifestants étaient des policiers et des nervis payés[3] ; puis, horreur, ils découvrirent qu’il s’agissait d’habitants venus des « quartiers les plus pauvres ». Ainsi donc, des miséreux osaient venir gâcher la grande célébration démocratique dont ils étaient devenus les porte-voix. Plus encore, ces gueux osaient, crime des crimes, s’en prendre aux journalistes, ignorant qu’en France, cette intouchable caste constitue un État dans l’État devant lequel rampent et se prosternent les plus puissants. Ils auront du moins retenu de leur séjour au Caire que sur les rives du Nil les références ne sont pas celles des bords de Seine et que les voyages sont plus formateurs que les écoles de journalisme. Ces ignorants n’ont pas vu que la vie politique égyptienne est organisée autour de trois grandes forces. La première, celle qui manifeste en demandant le départ du président Moubarak et pour laquelle ils ont les yeux si doux, est, comme en Tunisie, composée de gens qui mangent à leur faim ; il s’agit en quelque sorte de « privilégiés » pouvant s’offrir le luxe de revendiquer la démocratie. La seconde est celle des Frères musulmans ; pourchassée depuis des décennies et aujourd’hui abritée derrière les idiots utiles, cette organisation tente de se réintroduire dans l’échiquier politique pour imposer sa loi. La troisième force dont aucun « envoyé spécial » n’a jamais entendu parler est celle qui vit dans les quartiers défavorisés, loin donc de l’hôtel Hilton, ce spartiate quartier général des journalistes « baroudeurs », ou dans les misérables villages de la vallée du Nil, loin des yeux des touristes. C’est celle des fellahs besogneux, de ce petit peuple nassérien au patriotisme à fleur de peau qui exècre à la fois la bourgeoisie cosmopolite lorgnant du côté de Washington et les barbus qui voudraient ramener l’Égypte au Xème siècle. Ce sont ces hommes qui ont volé au secours du Rais Moubarak en qui ils voient, à tort ou à raison, là n’est pas la question, un successeur, même lointain, du colonel Nasser. Dernière remarque : pendant que la classe politique française sommait le président Moubarak de quitter le pouvoir, le président russe Medvedev avait un long entretien téléphonique avec lui, l’assurant qu’il s’élevait contre les ingérences étrangères. D’un côté des chiens de Pavlov levant la patte face à l’air du temps et de l’autre, un homme d’État familier des subtilités de l’ « orient mystérieux » … BERNARD LUGAN
 WWW.bernard-lugan.com        

 

Histoire de l' Egypte : Des origines à nos jours

                      prix:22,00 euros      

Quatrième de couverture

L'histoire de l'Égypte débute bien avant les pharaons, quand, il y a près de huit mille ans, des pasteurs proto-berbères fuyant un Sahara en phase d'assèchement trouvèrent refuge dans la vallée du Nil où ils se sédentarisèrent, se mêlant aux anciens habitants. Trois millénaires plus tard, l'Égypte pharaonique naquit de l'union des premiers proto-États. Durant près de trois mille ans, plus de trente dynasties vont se succéder au gré d'une histoire tantôt glorieuse, qui verra l'Égypte maîtresse d'une partie du Proche-Orient, tantôt décadente, durant laquelle l'Égypte sera envahie.

À partir de 332 avant J.-C., l'Égypte passe sous le contrôle de la dynastie grecque des Ptolémées, puis elle devient une colonie romaine. En 632, conquise par les Arabes, l'Égypte constitue le cœur de l'Empire fatimide. Première puissance du monde musulman durant le sultanat mamelouk à partir de 1260, l'Égypte est englobée dans l'Empire ottoman en 1517. Bonaparte marque ensuite le pays de sa puissante empreinte et l'ouvre à l'Occident. Au XIXe siècle, sous Méhémet Ali qui la dirigea de 1805 à 1848, l'Égypte entreprend un vaste mouvement d'expansion en Afrique noire, en Arabie, en Syrie et jusqu'en Turquie.

Devenue un enjeu stratégique primordial avec l'inauguration du canal de Suez en 1869, l'Égypte passe en 1882 sous le contrôle de la Grande-Bretagne. En 1922, sous la pression d'un puissant courant nationaliste, son indépendance lui est rendue. En 1952, la monarchie est abolie et en 1954 le colonel Nasser prend le pouvoir. Sous sa direction, l'Égypte devient le phare du nationalisme arabe, avant de faire la paix, après maints conflits, avec l'État hébreu.

C'est cette histoire pluri-millénaire que Bernard Lugan, spécialiste du continent africain, raconte ici dans un livre sans équivalent, qui fait la synthèse des connaissances se rapportant à l'Égypte.

LIBRAIRIE DE NEUILLY-PLAISANCE
15,AVENUE FOCH
  

 

 

 

 

 


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Vendredi 11 février 2011 5 11 /02 /Fév /2011 15:11

L'Afrique sous la botte américaine:carnages sur ordonnance.................

Carnages. Les guerres secrètes des grandes puissances en Afrique

                                                                                    prix:24,50 euros -5%

Présentation de l'éditeur

Carnages. Des millions de morts dont le décompte pourrait avoisiner celui des victimes de toutes les guerres depuis 1945. Qui en parle ? Qui s’intéresse à ces « carnages incompréhensibles » ? Rwanda, Kivu, Sud-Soudan, Somalie, Darfour… Invoquer la folie des hommes ne fournit aucune clé d’interprétation ; et l’on ne peut pas se contenter de regarder l’Afrique sous le seul angle des Droits de l’homme ou de la Françafrique.
Étonnamment, ces conflits majeurs n’ont jamais été appréhendés dans leur globalité. Qui ont été les soutiens, voire les promoteurs de toutes ces guerres ? Quels intérêts ont-elles servis ? À contre-courant de tout ce qui s’écrit sur l’Afrique, Pierre Péan expose les logiques stratégiques qui visent à remodeler l’Afrique, et dont les « dégâts collatéraux » ont été d’une ampleur inédite et tragique.
Il nous révèle ainsi les dessous du Grand Jeu africain des puissances occidentales et les affrontements feutrés entre elles. Après la chute du mur de Berlin, les États-Unis, aidés notamment de la Grande-Bretagne et d’Israël, ont décidé d’étendre leurs aires d’influence sur le continent africain, en réduisant notamment le pré carré français. L’instauration du nouvel ordre mondial y a été d’autant plus profonde que l’Afrique est devenue un des principaux terrains du « choc des civilisations » qui a installé, avant le 11-Septembre, l’Est africain dans l’espace conflictuel du Proche-Orient. Les regards braqués sur le Grand Moyen-Orient n’ont pas vu que le Soudan était devenu pour Israël et pour les États-Unis un pays potentiellement aussi dangereux que l’Iran : il fallait donc « contenir » et diviser le plus grand pays d’Afrique.
Les États-Unis, le Royaume-Uni, Israël, la France, le Canada, la Belgique et plus récemment la Chine ont été les belligérants fantômes de ce conflit. Il est temps que l’on tire au clair les responsabilités des uns et des autres.

 

EXTRAITS :

 Une version tronquée de l'histoire des Grands Lacs

Plus de 8 millions de morts ? Qui en parle ? Depuis la fin de la guerre froide, la région des Grands Lacs est devenue celle de la mort et du malheur dans une indifférence quasi générale. Avec 2 millions de Rwandais exterminés en 1994 à l'intérieur du Rwanda (1), plus de 6 millions de morts rwandais et congolais dans l'ex-Zaïre, des centaines de milliers de Soudanais tués, de nombreuses victimes ougandaises, plus de un demi-million de morts angolais, des millions de déplacés, quatre chefs d'Etat et des centaines de ministres et autres dirigeants assassinés, des dizaines de milliers de femmes violées, des pillages éhontés, cette zone a le triste privilège d'avoir subi plus de dommages que ceux additionnés de toutes les guerres intervenues de par le monde depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Pourtant, les médias, dans leur très grande majorité, n'ont parlé, ne parlent et ne pleurent que les centaines de milliers de victimes tutsies du Rwanda, dénoncent les Hutus comme seuls responsables directs de ces boucheries, et les Français, qui les auraient aidés dans leur horrible besogne, faisant de François Mitterrand et d'Edouard Balladur des réincarnations d'Hitler, et des soldats français, celles de Waffen SS. Une version officielle, affichée non seulement par Paul Kagamé, l'actuel président du Rwanda, mais également par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), le bras justicier de la communauté internationale, et par les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la majorité des autres pays...

Les gardiens de la vérité officielle

Convaincu par mes enquêtes que Paul Kagamé, l'actuel chef d'Etat du Rwanda, avait commandité l'attentat contre l'avion qui transportait son prédécesseur - attentat qui déclencha en avril 1994 le génocide des Tutsis et des massacres de Hutus -, quand il était attribué aux extrémistes hutus, je décidai en 2004 de chercher à comprendre ce qui s'était réellement passé. Je découvris rapidement l'incroyable désinformation qui avait accompagné la conquête du pouvoir par Paul Kagamé, et les moyens mis en oeuvre pour décourager ceux qui seraient tentés de s'opposer à la doxa. Des moyens qui ressemblent fort à des armes de destruction massive : grâce à une analogie abusive entre le génocide des Tutsis et la Shoah, les gardiens de la vérité officielle traitent les contrevenants de négationnistes, de révisionnistes, de racistes, voire d'antisémites.

[...] J'ai décidé de reprendre mon enquête et de l'étendre en l'insérant dans l'histoire de la région des Grands Lacs et de l'Afrique centrale, pour comprendre comment et pourquoi avait pu ainsi s'installer une version tronquée de l'histoire de la tragédie rwandaise. [...] J'ai travaillé à mettre au jour les actions - ouvertes et clandestines - des Etats-Unis, depuis les années 80, dans la région des Grands Lacs, visant à un nouveau partage des zones d'influence sur le continent africain, et le " scandale géologique " que constitue le fabuleux sous-sol du Zaïre, redevenu aujourd'hui Congo et convoité par tous. [...]

Contre-offensive impossible

Officiellement, à partir d'octobre 1996, le Zaïrois Laurent-Désiré Kabila a mené une guerre de libération en vue de chasser le président corrompu Mobutu Sese Seko. La réalité fut bien différente : Laurent-Désiré Kabila n'était alors qu'une marionnette de Kigali, de Kampala et de Washington. Une nouvelle boucherie, après celle du Rwanda, visant cette fois à exterminer les seuls Hutus ayant fui le Rwanda, déclarés " extrémistes " par la propagande, se déroula dans un silence assourdissant des principaux médias. Les services secrets français étaient parfaitement au courant que des forces spéciales américaines, les services secrets et des avions américains renseignaient les soldats rwandais et ougandais dans leur chasse aux Hutus dans l'immense Est congolais. L'exécutif français s'interrogea alors sur l'opportunité d'arrêter la marche de Kabila et de ses " parrains " sur Kinshasa. La désinformation efficace sur le rôle de la France en Afrique en général et au Rwanda en particulier rendait désormais impossible toute contre-offensive, qui aurait mis face à face Français et Américains. Jacques Chirac décida in fine de ne pas envoyer de forces spéciales françaises à Kisangani début 1997.

(1) Chiffre fourni par le ministère de l'Intérieur rwandais en décembre 1994.

QUAND L'ARMÉE AMÉRICAINE PARTICIPE À LA TRAQUE DES HUTUS AU CONGO...

Washington porte une lourde responsabilité dans ce qu'un prérapport de l'ONU rendu public en août 2010 décrit comme un probable génocide commis en République démocratique du Congo en 1996 et 1997. Pourquoi tant de diplomates, tant de militaires et d'agents secrets américains ont-ils été mobilisés pour parler d'une situation que les journalistes ne pouvaient directement appréhender ? Parce que la grande puissance américaine, celle qui, avec ses satellites, ses écoutes, ses hélicoptères et ses avions, aidait ceux qu'on nommait " rebelles ", mais qui, en réalité, étaient en très grande majorité des Rwandais ou des Ougandais, à localiser les prétendus " génocidaires " pour les liquider. Comment ne pas être révolté par la passivité, voire par la bienveillante sollicitude du Haut-Commissariat aux réfugiés ? Comment accepter la propagande officielle de l'époque, qui voulait que les Hutus n'eussent que ce qu'ils méritaient et que les Tutsis exerçassent là un légitime droit de revanche ? Alors que, justement, la version officielle de l'histoire, reçue et acceptée par la communauté internationale, est fausse ?

[...] Les services secrets français - Direction du renseignement militaire (DRM) et Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) - sont très avertis de ce qui se passe aux frontières du Kivu, fin octobre-début novembre 1996. Le camp de Kibumba dans la région de Goma est bombardé : quelque 200 000 réfugiés partent vers le camp de Mugunga. Le camp de Katale est attaqué à l'arme lourde, et Bukavu, la capitale du Sud-Kivu, est pris par les " rebelles ". Les camps des alentours sont détruits, provoquant la fuite de 250 000 personnes à travers la forêt équatoriale vers Kisangani... Militaires et services ne se contentent pas des images satellite fournies par les Américains, sur lesquelles on ne voit pas de réfugiés ; elles ne donnent à rien voir qui corresponde aux informations qui leur remontent du terrain, par de nombreuses sources humaines. Début novembre 1996, un Breguet Atlantic localise des cohortes de réfugiés et rapporte des photos qui montrent deux hélicoptères américains, des Black Hawks.

Poker menteur entre Paris et Washington

Les espions français s'interrogent sur le rôle des bérets verts, les commandos des US Army Special Forces, lors des massacres qui ont suivi la prise de Bukavu, fin octobre 1996. Ils se demandent aussi quelle est l'origine des mitraillages aériens opérés de nuit contre les camps de réfugiés : " Cela pose de graves questions quand on sait que parmi les avions américains déployés figurait au moins un C-130 Gunship des forces spéciales, véritable canonnière volante. Que faisait-il là si, comme le disait alors le commandement américain, il s'agissait seulement de rechercher des réfugiés pour étudier ensuite les moyens de leur porter assistance ? "

Malgré ce questionnement sur le rôle ambigu de Washington, pas plus l'état-major que les politiques français n'envisagent une quelconque action sans les Américains ou, à plus forte raison, contre eux. Mais la " forte dégradation de la situation humanitaire " entraîne les uns et les autres à envisager dans les plus brefs délais une opération militaire multinationale dans le Kivu, tout au moins à en émettre l'idée. Le Centre opérationnel interarmées (COIA) est chargé par l'état-major d'en définir les contours possibles. Le 5 novembre, une note signée de Jean-Pierre Kelche, major général de l'état-major, arrive sur le bureau du ministre de la Défense, Charles Millon : " L'effet majeur d'une opération militaire au Kivu visera à stabiliser les réfugiés dans une zone dégagée de forces constituées. " Les rédacteurs estiment indispensable la participation de pays européens (France, Espagne, Belgique, Allemagne et Grande-Bretagne), mais soulignent qu'un " commandement centralisé (préconisé) devrait être proposé aux Américains dont la présence au sol garantirait la neutralité rwandaise ". " L'action militaire sera limitée à une sécurisation de zones, au profit des organisations humanitaires. " Le général Kelche envisage un déploiement de 1 500 à 2 000 hommes.

Le lendemain, lors d'un conseil restreint de défense, Jacques Chirac accepte les propositions du COIA, et insiste sur l'implication américaine, c'est-à-dire que " la France interviendra si les Américains interviennent avec du personnel au sol ". Et, quant à la nationalité française ou américaine du commandement de l'opération, le président n'a pas de préférence. Après le fiasco politico-médiatique, deux ans plus tôt, de l'opération " Turquoise ", il n'est pas question pour la France de se lancer seule dans une telle opération... Immédiatement après ce conseil restreint, diplomates et militaires prennent langue avec les Américains. [...] Les Français s'aperçoivent vite que les Américains, malgré quelques bonnes paroles, jouent déjà une autre partition. Si le général George A. Joulwan promet de mettre à disposition des C5 Galaxy pour projeter, si nécessaire, matériels et hommes vers le Kivu, les interlocuteurs des Français refusent d'engager leurs troupes sur le terrain. Paris et Washington ont déjà commencé une partie de poker menteur. Alors que, sur le terrain, les acteurs rwandais, ougandais et américains ont parfaitement conscience de mener un combat indirect contre Paris, les contacts entre diplomates et militaires à Washington, Paris ou Stuttgart se déroulent entre gens de bonne compagnie.

[...] Le Monde du 8 novembre 1996 résume ainsi la situation : " La France a du mal à convaincre l'ONU de l'urgence d'une intervention au Zaïre. " Elle a du mal parce que Washington et ses alliés africains ne veulent pas que la France revienne dans la région et contrarie leurs plans, mais Paris veut croire qu'il a encore la main. Pour ne pas s'opposer frontalement à la France, Washington monte alors une opération astucieuse destinée à enterrer le projet sans pour autant se mettre à dos l'opinion publique : elle consiste à demander au Canada de constituer cette force, d'en réunir les éléments et d'en déterminer les règles... Commence alors une grande agitation qui n'est qu'un leurre. Politiques et militaires français n'ont pas compris tout de suite que l'opération lancée par le Premier ministre canadien Jean Chrétien à la demande des Américains ne vise qu'à enterrer le projet de Chirac et à laisser les mains libres aux Américains, ainsi qu'à leurs marionnettes rwandaises et ougandaises dans la région des Grands Lacs. Pendant quelques jours, l'état-major croit à l'acceptation d'un déploiement d'une force franco-britannique sous commandement canadien dans la région sud du Kivu. A preuve, une mission de reconnaissance effectuée par des militaires britanniques, sous le commandement du brigadier général Thomson (Royal Marines), avec trois officiers français, dirigés par le colonel Philippe Tracqui, qui est le numéro 2 du Centre opérationnel de l'armée de terre (Coat). Dès le début, Tracqui et ses deux compagnons ont compris que quelque chose ne collait pas. [...] Le rapport de Tracqui, daté du 21 novembre, lève les dernières interrogations sur la place désormais accordée à la France dans les Grands Lacs et sur les manoeuvres américaines. " Les Américains sont tout à fait opposés à une action militaire au Sud-Kivu ", écrit Tracqui. [...]

Thomson a donné à Tracqui un mémorandum du général Smith, rédigé le 16 novembre à Entebbe, qui dévoile la position américaine. " Depuis vingt-quatre heures, la situation s'est arrangée, tout va bien à Goma, et la nature des besoins humanitaires s'en trouve changée. Bien qu'il ne soit pas encore possible d'apprécier exactement le nombre total des réfugiés qui vont rentrer ou ceux qui auraient l'intention de le faire dans les prochains jours, il est clair qu'il n'existe plus en ce moment de crise humanitaire justifiant une action militaire d'urgence ", écrit le général américain qui ne réclame donc aucun moyen supplémentaire. [...] Le soir de ce 16 novembre 1996, à Entebbe, le général américain Smith dirige une réunion de planification à laquelle participe le lieutenant-colonel Pouly, de la Direction du renseignement militaire française. Pouly [...] sait que la situation décrite par l'Américain est fausse. Il ose prendre la parole après le général américain et lui fait remarquer que son appréciation de la situation ne fait aucun cas des 700 000 réfugiés et 300 000 déplacés du Sud-Kivu.

Le numéro 2 du Coat rapporte toutes les informations fournies par Pouly, le meilleur spécialiste militaire français de la région des Grands Lacs. Pouly est convaincu que " les Américains présents dans la région des Grands Lacs, qu'il s'agisse des diplomates de Kigali ou des militaires isolés à Entebbe, ne souhaitent aucune présence dans la région ". Il a noté " l'existence à Kigali d'une importante mission militaire de coopération américaine qui a compté jusqu'à 50 personnels. Elle s'occupe de la formation militaire de l'APR [l'Armée patriotique rwandaise], fait de l'instruction de déminage, de la formation à l'action psychologique avec des spécialistes appartenant au 4e bataillon de Fort Bragg, notamment pour ce qui concerne les opérations de propagande liée à l'organisation des retours ". L'espion français a appris que " les équipes psyops américaines, chargées des opérations psychologiques, c'est-à-dire d'influencer l'opinion, sont en place et opèrent à partir de Kigali, depuis trois mois ".

L'initiative de la France pour venir en aide aux réfugiés rwandais a été brisée dans l'oeuf, au grand soulagement des Etats-Unis, du Rwanda et de l'Ouganda. Décrédibilisée par l'action de tous les psyops rwandais et américains relayés par les porte-voix occidentaux du Front patriotique rwandais, le parti du président Kagamé, et par la plupart des médias, y compris par de nombreuses bonnes âmes françaises, la France n'a rien pu faire pour stopper les massacres de masse organisés de Hutus. Les massacres vont donc pouvoir se poursuivre, après l'enterrement sans fleurs ni couronnes de la force multinationale.

Quelques notes subtilisées aux services secrets ougandais et rwandais montrent même un engagement américain et britannique beaucoup plus accentué. Les moyens qui ont été mis en oeuvre sont énormes. Un réseau ultramoderne de satellites espions (intelligence communication network), couvrant la zone de Kigali à Brazzaville pour recueillir, contrôler et neutraliser toutes les informations en langues française et locales, a bien été déployé pour le compte des Américains, des Britanniques et des Ougandais.

Pas d'objection à l'" anéantissement "

Selon les documents ougandais et rwandais, des avions américains seront spécialement affectés à la traque des Hutus qui se cachent dans les forêts (Report 678 ref 567/JL/RW/UG) : " Il a été conclu que les forces aériennes américaines enverront 3 P-3 Orion Propeller Planes à Entebbe. Ils opéreront pendant la journée d'Entebbe au Zaïre, à la recherche des Hutus qui se cachent dans les forêts. Les avions seront équipés de trois équipements [il s'agit en réalité de trois spécialistes chargés de contrôler une cinquantaine d'ordinateurs] destinés à traquer les mouvements des gens sur le terrain. " Concoctés par Paul Kagamé, les plans d'attaque et de démantèlement des camps de réfugiés hutus dans l'ex-Zaïre sont présentés aux Américains pour approbation, comme le montre une note (Plan 67 ref 67/JL/RW/ZR) : " Les plans visant à attaquer les Hutus dans l'est du Zaïre ont été finalisés. Octobre et novembre 1996 sont les meilleurs mois pour l'opération. L'ONU sera engagée dans le processus de fournir les prochaines livraisons de vivres et nous saboterons ce processus. " Une réunion entre services ougandais et rwandais (Crisis 80/L ref 78/RW. Doc) définit le modus operandi d'une action dans laquelle 30 soldats rwandais vont monter une attaque déguisés en miliciens hutus : " Il y a besoin de liquider les Hutus Interahamwe [miliciens impliqués dans le génocide de 1994] dans l'est du Zaïre. Nous avons pénétré les camps de réfugiés de Katale et Kahindo. Nous allons aider le Rwanda à exécuter l'opération afin de forcer l'ONU à fermer les deux camps. Opération : 30 soldats de l'APR vont déclencher une attaque contre les autochtones zaïrois en se faisant passer pour Interahamwe. On procédera à la destruction de leurs propriétés. Une attaque similaire avec armes à feu sera mise en oeuvre aux heures de nuit au Rwanda. Le gouvernement du Rwanda devra alors se plaindre auprès de l'ONU. Si l'ONU est lente à réagir, une opération sans annonce préalable se perpétrera alors et anéantira toutes les milices hutues se trouvant dans ces camps. L'opération d'anéantissement est approuvée sans aucune objection. "

 

 

Les dates d'un conflit

1994, premier génocide.

Le 6 avril, l'assassinat du président du Rwanda, Juvénal Habyarimana, met le feu aux poudres. Déclenchement du génocide contre la minorité tutsie et les Hutus modérés (800 000 morts). Venu de l'Ouganda, le Front patriotique rwandais (FPR) de Paul Kagamé (Tutsi) conquiert le pays et le pouvoir. Devant l'échec de la communauté internationale, la France déclenche l'opération " Turquoise ". Des centaines de milliers de Hutus - dont certains responsables du génocide - fuient le pays vers le Zaïre, où ils s'entassent dans des camps.

1996-1997, second génocide.

La guerre se déplace dans l'est du Zaïre. Avec le soutien du Rwanda et de l'Ouganda, des Zaïrois menés par Laurent-Désiré Kabila renversent le président Mobutu. Le Zaïre devient la République démocratique du Congo (RDC). Des massacres de grande ampleur - le second génocide aujourd'hui évoqué - sont commis à l'encontre des réfugiés hutus. Les Américains empêchent, à deux reprises, une intervention française pour y mettre fin. La guerre va se poursuivre en RDC jusqu'en 2002. Elle aurait fait plusieurs millions de morts.

 

Pierre Péan est écrivain et enquêteur. On lui doit notamment Une jeunesse française : François Mitterrand (Fayard, 1994), La Face cachée du Monde (avec Philippe Cohen, Mille et une nuits, 2003) ; Noires fureurs, blancs menteurs (Mille et une nuits, 2005), Le Monde selon K (Fayard, 2009).

 

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Mercredi 9 février 2011 3 09 /02 /Fév /2011 07:27

Isabelle II : Reine d'Espagne

                                                                                       PRIX:24,90 euros -5%

La reine Isabelle Il d'Espagne a été la contemporaine des impératrices Victoria de Grande-Bretagne, Eugénie de Montijo et Élisabeth d'Autriche (Sissi) qu'elle a toutes bien connues.
Montée sur le trône à l'âge de trois ans, en 1833, à la mort de son père, elle grandit sous la régence de sa mère, l'autoritaire reine Marie-Christine. Mariée très jeune et contre son gré à son cousin, le falot infant François d'Assise, qui n'aime que les garçons, elle se console avec d'innombrables favoris qui deviennent les pères de ses nombreux enfants. Son long règne la montre jouet des rivalités incessantes que se livrent les hommes politiques, issus de différentes factions et tour à tour portés au pouvoir.
Mais, malgré ces crises, consciente de sa mission, elle ne cesse d'encourager et de promouvoir le développement culturel et économique de son pays grâce, notamment, au développement des moyens de communication. Elle finit néanmoins par être détrônée en 1868. Réfugiée en France, elle oeuvre activement à la restauration de son fils, le futur Alphonse XII, qui retrouve sa couronne en 1874. C'est le destin tumultueux et méconnu de cette reine, aïeule du roi Juan Carlos, que relate ici brillamment Marie-France Schmidt.
  • UNE SUCCESSION DIFFICILE ; DE LA CONNAISSANCE D'ISABELLE II A LA MORT DE FERDINAND VII
  • UNE REGNENCE SOUS LE SIGNE DE LA DIVISION, PREMIERS MOUVEMENTS CARLISTES
  • L'ENFANCE D'ISABELLE, ENTRE L'INSTABILITE, LA GUERRE CARLISTE ET L'ENJEU D'UN MARIAGE
  • D'UNE REGENCE A L'AUTRE, ISABELLE ET LA DESAGREGATION FAMILIALE, ESPARTERO REMPLACE LA REINE-MERE, COMPLOTS ET ECHECS, LES NOUVEAUX MAITRES DE LA REINE, MULTIPLES PROJETS MATRIMONIAUX
  • LA MAJORITE D'ISABELLE II, L'ASCENSION POLITIQUE EPHEMERE D'OLOZAGA, PREMIER AMANT DE LA REINE, LA REPRISE EN MAIN DE LA MERE, SEJOURS MARITIMES, TRACTATIONS MATRIMONIALES, TERGIVERSATIONS DIVERSES
  • LES NOCES D'ISABELLE II ET DE FRANCOIS D'ASSISE, INSTABILITE POLITIQUE ET MESENTENTE ROYALE, AMOURS DE LA REINE ET DE SERRANO, RECONCILIATION DES EPOUX, NARVAEZ SUR LA SCENE POLITIQUE
  • L'APOTHEOSE DE NARVAEZ, BEDMAR, PUIS ARANA, FAVORIS DE LA REINE, LES HESITATIONS POLITIQUES D'ISABELLE, INTRIGUES DU ROI CONSORT
  • LE GOUVERNEMENT PAISIBLE DE BRAVO MURILLO, LE CONCORDAT DE 1851, NAISSANCE D'ISABELLE, FILLE DE LA REINE, ATTENTAT DE MERINO, APRES BRAVO MURILLO, RETOUR DE L'INSTABILITE, LE REVEIL DES MILITAIRES PROGRESSISTES
  • LE PRONUNCIAMIENTO PROGRESSISTE DE L'ETE 1854, LE RETOUR D'ESPARTERO, ISABELLE ET LA LOI DE DESAMORTISATION DES BIENS DU CLERGE, ESPARTERO ET O'DONNELLE, PUIGMOLTO DEVIENT FAVORI DE LA REINE
  • O'DONNELL FACE A NARVAEZ, MATURITE D'ISABELLE II, UN HERITIER POUR LA COURONNE, EXPEDITIONS MILITAIRES LOINTAINES

Isabelle II d'Espagne (v. 1830 - v. 1904)

Parents / Familles :

Père : Ferdinand VII D'Espagne (v. 1784 - v. 1833)
Mère : Marie Christine des Deux-Siciles (v. 1808 - v. 1878)

Famille : Bourbon-Anjou

 

Isabelle II d'Espagne, née en 1830 et morte en 1904, a été reine d'Espagne de 1833 à 1868. Elle était la fille du roi d'Espagne Ferdinand VII et de sa quatrième épouse, Marie-Christine de Bourbon-Sicile.

Ferdinand VII n'ayant pas de descendant mâle, il décide de laisser le trône à sa fille Isabelle. Cette décision déplaît à ceux qui qui considèrent que la couronne espagnole est régie par la loi salique. Pour eux, l'héritier du roi est son frère l'infant Charles. Ce dernier refuse d'ailleurs de prêter serment à sa nièce. À la mort de son père en 1833, Isabelle est proclamée reine sous la régence de sa mère Marie-Christine de Bourbon-Sicile, tandis que l'infant Charles se déclare également roi sous le nom de Charles V, soutenu par ses partisans qui prennent le nom de carlistes. Ce conflit entre les deux souverains déclenche la crise de succession de 1833-1846. Elle se traduit par des affrontements armés qui touchent surtout le nord de l'Espagne, affrontements connus aussi sous le nom de guerres carlistes. Cependant, les partisans de l'infant Charles ne parviennent pas à s'emparer de Madrid et à prendre le trône.

Isabelle II épousa en 1846 son cousin l'infant François (1822-1902), duc de Cadix, fils de l'infant François de Paule, frère cadet de Ferdinand VII et de l'infant Charles, ils eurent 11 enfants. Ce mariage, dont est issu le futur Alphonse XII, contribuera plus tard à réunir la succession dynastique et la succession carliste dans la même personne. Le règne d'Isabelle II a été assez impopulaire. La reine ne semble pas avoir porté un grand intérêt à la politique. Assez rapidement, la réalité du pouvoir appartient à l'armée et ce sont des généraux qui contrôlent le pays. En 1868, le général Joan Prim lance une révolution et force la reine Isabelle, le 30 septembre, à s'exiler en France. Elle n'abdique cependant qu'en 1870. Son départ, loin d'arranger la situation de l'Espagne, provoque de nouvelles tensions internationales. Il entraîne en effet une candidature de la dynastie Hohenzollern-Sigmaringen en 1870. Cette prétention se trouve être l'une des causes de la guerre franco-allemande de 1870.

 

L'auteur en quelques mots... Marie-France Schmidt a enseigné la langue, la littérature et la civilisation espagnoles à la Sorbonne.Elle est l'auteur de plusieurs biographies: Ignace de Loyola, La Duchesse d'Albe, Goya ; et d'un roman historique : Moi, Chimène, épouse du Cid.
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Vendredi 4 février 2011 5 04 /02 /Fév /2011 15:29

                                                                  PRIX:10,00 euros

Les Gaulois contre les Romains

Joël Schmidt 
Sur le conflit qui oppose les Gaulois aux Romains, on ne connaît généralement que l'épisode de la conquête des Gaules racontée par César et qui se déroula au milieu du Ier siècle avant Jésus-Christ.
Or, c'est dès 390 avant Jésus-Christ que le Gaulois Brennus et ses troupes occupent durablement Rome et prononcent l'humiliant vae victis, " malheur aux vaincus ". A partir de cet événement majeur, se succèdent pendant dix siècles les péripéties d'une lutte inexpiable, au cours de laquelle les Gaulois s'allient par les armes et la diplomatie à tous les adversaires des Romains. Toujours vaincus parce qu'ils opposent leur masse aux tactiques éprouvées des légionnaires, ils ne renoncent jamais à harceler par tous les moyens possibles l'occupant romain, jusqu'à la chute de Rome au Ve siècle de notre ère
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Vendredi 4 février 2011 5 04 /02 /Fév /2011 07:59

A marche forcée

L'histoire à l'origine du film
Slavomir Rawicz
9782859408305_1
  PRIX:21,00 euros
Hiver 1941. Une petite troupe de bagnards s'évade d'un camp russe situé tout près du Cercle polaire. Ils ne connaissent pas grand-chose à la géographie. Ils songent " simplement " à gagner à pied l'Inde anglaise : le soleil, pensent-ils, leur indiquera au moins la direction du sud.
Aucun d'eux n'est capable, sur les milliers de kilomètres qu'il leur faut parcourir - ils y mettront deux ans -, de situer le désert de Gobi... que plusieurs réussiront pourtant à franchir sans provision d'eau.
L'innocence, parfois, est la meilleure alliée du courage..
La présente réédition (dans une traduction nouvelle) de ce classique absolu de l'aventure vécue est due à l'initiative de Nicolas Bouvier - qui n'aura pas eu le temps de l'accompagner jusqu'à son terme.
" Ce n'est pas de la littérature, tenait-il à préciser, c'est peut-être mieux que ça... Certains livres sont assez forts pour se passer des secours du style. "

Sur le Blog d'Anne Brassié :
Du réalisateur australien, Peter Weir , auteur de Master et commander, un grand film tiré du récit de l’évasion d’officiers polonais en 1941 d’un goulag soviétique en pleine Sibérie. Ce récit s’appelle A marche forcée. Ils descendront plein Sud jusqu’en Inde pour trouver la liberté. Le récit publié en 56 fut contesté. Il fallait discréditer celui qui, le premier, montrait la réalité du goulag. Le film manque un peu de réalisme mais il montre bien l’exploit formidable de ces hommes, la force de celui qui commande l’expédition et les règles de survie dans la nature. Le grand écrivain voyageur, Sylvain Tesson, a mis ses pas dans ceux de Rawicz ,a refait ce long périple et écrit un très beau livre L’Axe du loup (Laffont). Film à voir et livre à lire !
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les livres d'Hervé Ryssen sont arrivés : prix unique 26,00 euros                                         

    

  

 

            

Des images contre l'avortement

 

 

 

 

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