Mardi 13 mars 2012
2
13
/03
/Mars
/2012
16:56
PRIX:22,00 euros
Présentation de l'éditeur
Molière vient de monter Le Misanthrope. Alceste est furieux, humilié, déshonoré. Lui, l’être au goût exquis, le véritable aristocrate du savoir, le défenseur des vertus foulées au pied par
flatteurs et courtisans, le gentilhomme infiniment supérieur aux petits marquis que cette diablesse de Célimène a le culot de lui préférer… Voilà qu’on ose le railler sur scène ? Hésitant
toujours à partir au désert, Alceste se tourne, en désespoir de cause, vers son maître en misanthropie – un maître éternel, qui a tout vu, tout entendu, tout senti, et de tout temps – sans
deviner que ses jérémiades vont provoquer un torrent de fureur. Outré par les simagrées de son ancien élève, Maxence Caron s’énerve et songe d’abord à les ignorer : après tout, pourquoi un
misanthrope émérite viendrait-il au secours de qui que ce soit ? Difficile, cependant, de ne pas saisir cette trop belle occasion de dire à un disciple en herbe ce qu’est la misanthropie, loin de
toute caricature. Il est temps de montrer à ce pauvre Alceste que le monde est encore plus ridicule, corrompu, encore plus nigaud que la cour de paons désignée par Molière, et que le désert ne
peut servir de refuge à celui qui ne renonce pas à croire en l’humanité. Car tout est là : un misanthrope, un vrai, ne déteste les siens que parce qu’il conserve préalablement en lui la plus
haute idée de l’esprit humain, une foi en la beauté, la douceur, l’harmonie et la sagesse. Pour parvenir à retrouver cette image de la perfection humaine, à comprendre d’où elle provient, le
misanthrope devra regarder droit dans les yeux les horreurs de la société où il est né. En somme, pour accéder au Paradis, encore faut-il avoir désigné où se situe l’Enfer et s’être patiemment
imbibé de l’enseignement d’un purgatoire. Prenant Alceste par la main, Maxence Caron le mène dans une nuit de Walpurgis où défilent les figures grimaçantes d’artistes, d’écrivains ou d’hommes
politiques infiniment plus nocifs que ceux qu’Alceste a condamnés sur la scène du Misanthrope. Une fois décillé, Alceste sera prêt à comprendre le rôle élévateur de la musique et à s’approprier
ses symboles, pour savoir entendre et écouter d’invisibles beautés, grâce à Liszt, Schubert, Beethoven et Bach, qui réconcilient l’entendement et la sensibilité dans l’âme du misanthrope le plus
aguerri. Alors seulement, la misanthropie devient un art, un exercice humaniste hors des circonstances, parfaitement ontologique, et même un droit divin. Car en profondeur, la joie et la
misanthropie ne sont pas opposées. Lettre leçon, lettre roman d’initiation, lettre à la circularité proustienne et à la structure de Divine Comédie, lettre de flamboiement stylistique
étourdissant, lettre fleuve sur la nécessité de s’élever misanthrope – et non de tomber misanthrope – afin de savoir encore entendre, apercevoir, aimer ce qui est beau, ce qui mérite notre
dévotion, cet extraordinaire opus des « Affranchis » s’adresse bien sûr, à travers la figure d’Alceste, à un destinataire que nous connaissons très bien : nous.
Biographie de l'auteur
Calfeutré dans son intérieur sous l’assaut de migraines d’une violence inexorable, Maxence Caron a appris à vivre en la compagnie des livres, de la musique et de sa pensée. Comme bien des enfants
prodiges, il aura très tôt compris que ses dons seraient assortis de quelques malédictions : l’oreille absolue, une aisance mozartienne au piano, une agrégation de philosophie à vingt-deux ans,
une thèse de doctorat récompensée par l’Académie française (Heidegger – pensée de l’être et origine de la subjectivité), une collection de prix au Conservatoire national de musique et la
conception, à moins de trente ans, d’un système de philosophie entièrement nouveau (La Vérité captive – De la philosophie), lui ont valu une pluie d’éloges et quelques jalousies. C’est sans
regret qu’il a choisi la liberté pour se consacrer à l’écriture, loin des sentiers battus, renonçant à la carrière académique qui lui tendait les bras. Après avoir fondé aux Éditions du Cerf la
collection des “ Cahiers d’Histoire de la Philosophie ”, où sont magistralement commentées les œuvres de Simone Weil, Kant ou Montaigne, il a poursuivi son cheminement philosophique et littéraire
en se tournant vers la poésie (Le Chant du veilleur – Poëme symphonique) et la musique (Pages : Le Sens, la musique et les mots). Grand admirateur de Tzara et Claudel, interprète remarquable de
Bach et Beethoven, penseur rigoureux de Lacan et saint Augustin, catholique inclassable et méditatif au tempérament de feu, Maxence Caron se dérobe à toutes les écoles de pensée et a d’ores et
déjà marqué son époque d’une empreinte si singulière qu’elle ne laisse aucun lecteur indifférent : sa culture, son amour de la langue française, son goût du jeu et de la provocation, son style à
la fois baroque et cinglant font de cet écrivain de trente-cinq ans l’une des figures montantes de l’avant-garde littéraire.